Le 3 novembre, les Américains renouvellent toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat ; il faut aux démocrates un gain net de quatre sièges pour arracher la chambre haute à une majorité républicaine de 53 contre 47. L’économie qu’ils jugent est à double face : le PIB du troisième trimestre a progressé de 3,4 % en rythme annuel, tandis que les prix de septembre montaient de 3,6 % — bien au-dessus de la cible de 2 % de la Réserve fédérale. « Le pays se porte incroyablement bien », a lancé Trump aux journalistes en rejoignant un meeting en Caroline du Sud. Les électeurs ne sont pas convaincus : le coût de la vie demeure, et de loin, leur première préoccupation.
Pourtant, la dernière semaine a appartenu à l’Alaska. Deux hommes nommés Dan Sullivan figurent sur le bulletin sénatorial — le sortant républicain, et un instituteur à la retraite. Mercredi, le New York Times a révélé que l’équipe de la candidate démocrate, Mary Peltola, avait travaillé avec des cadres nationaux du parti pour recruter des candidats homonymes, des « briseurs de voix ». La réponse a été extraordinaire : le président et son ministère de la Justice ont déposé un recours préventif, pour bloquer la certification du résultat de l’Alaska si le sortant venait à perdre. Ont suivi une enquête parlementaire, des citations à comparaître et une enquête du gouverneur, Trump réclamant la poursuite de Peltola.
Refuser un résultat par avance est le réflexe d’un gouvernement qui tient la défaite pour une fraude par définition. L’argument adverse mérite pourtant d’être entendu loyalement. L’enquête de presse est solide, le recrutement a été démenti avant d’être confirmé, et un parti qui se présente en gardien des normes démocratiques est bel et bien allé chercher des leurres pour égarer les électeurs. Le « ballot stacking » est légal et les deux camps y recourent — ce qui accuse la pratique plutôt que d’excuser cet épisode.
Pendant ce temps, le cycle électoral le plus coûteux de l’histoire déverse son argent dans la publicité : des spots financés par des agriculteurs attaquant le bilan de l’administration sur les prix, et dans l’Ohio une publicité d’attaque retirée après une vague de dégoût. Obama a fait campagne en Géorgie ; Trump a exhorté ses partisans à « faire comme si j’étais sur le bulletin ». Les deux camps répètent leur version de la soirée de mardi avant qu’une seule voix ait été comptée. Quand le récit d’une élection s’écrit à l’avance, que reste-t-il à décider aux électeurs ?